Articles  >  Jardinage autofertile et permaculture  >  Permaculture urbaine

Permaculture urbaine

par Stéphane Groleau  
Dans les milieux alternatifs et les mouvements d'agriculture urbaine, on rencontre souvent le terme permaculture. Ce concept originaire de l'Australie fut élaboré par David Holmgren et Bill Mollison alors qu'ils s'efforçaient de concevoir les bases d'un système agricole autonome et durable dans le temps. Leur recherche de « perma-culture » ou d'agriculture permanente provient des constats suivants : la diminution des réserves de pétrole, l'augmentation de la pollution à l'échelle planétaire, l'épuisement des ressources, la surpopulation et la surconsommation. Rapidement, la permaculture en est venue à signifier « culture permanente », car la survie de l'humanité ne passe pas uniquement par la production alimentaire, mais par toutes les sphères de l'activité humaine, par exemple : l'organisation sociale, le transport, les relations humaines, etc. D'où les trois règles d'éthique : prendre soin de la Terre, prendre soin des gens et partager équitablement.

La permaculture s'inspire avant tout de l'observation de la nature avec ses écosystèmes et ses cycles naturels, mais aussi des connaissances scientifiques et des pratiques des sociétés humaines à travers le monde et à travers l'histoire. Appliquée à l'intérieur de la ville, « la permaculture imagine ainsi réinvestir chaque espace de la rue par des arbres fruitiers, chaque parterre par des buissons à baies gourmandes, chaque façade par des vignes, et même à réutiliser chaque poubelle comme composteur, afin de produire dans un rayon immédiatement disponible le cycle nécessaire à la vie communautaire (1). »

COMMENT ÇA MARCHE?
Plusieurs principes mis de l'avant par la permaculture s'appliquent tout autant à la conception et à l'aménagement d'un terrain qu'à l'organisation sociale. L'auteur anglais Graham Burnett dans son livre Permaculture, A Beginner's Guide résume bien plusieurs de ces principes :
  • Travailler avec la nature et non contre elle
  • Utiliser un minimum d'effort pour obtenir un maximum d'effet
  • Transformer les problèmes en solutions
  • Chaque fonction devrait être soutenue par de nombreux éléments
  • Chaque élément devrait remplir plusieurs fonctions
  • Le rendement est limité seulement par l'imagination
  • Tout fait partie d'un cycle : les sorties deviennent les entrées
  • Un tout est plus grand que la somme de ses parties.

Concrètement, le designer de permaculture commence par prendre le temps d'observer tous les aspects d'un milieu : les aspects naturels (orientation du soleil, vent, plantes, animaux, qualité du sol, etc.), les microclimats (endroits plus chauds ou plus froids, secs ou humides, ensoleillés et ombragés, etc.), les ressources locales disponibles (ex. : feuilles, carton, branches, jardiniers d'expérience, ressourceries, etc.) et les interactions possibles (avec les voisins, la faune, etc.). Cette connaissance du milieu, jumelée à l'évaluation des besoins des gens, permet de concevoir sur papier son aménagement et son évolution sur plusieurs années. En appliquant ces principes au niveau individuel ou résidentiel, on peut ainsi reconsidérer l'aménagement d'un balcon, d'une cour ou d'un toit. Sachant que les 250 000 hectares de pelouses québécoises (2) sont d'importantes sources de pollution (engrais chimiques, pesticides, tondeuses), ces monocultures de gazon pourraient avantageusement être remplacées par des aménagements paysagers comestibles composés de légumes, d'herbes, d'arbustes et de petits fruits.

À l'échelle du voisinage ou du quartier, des réseaux d'échange de services sans recours à l'argent, comme avec les Accorderies (3), permettent de développer un esprit d'entraide et de partage. L'échange de semences lors des Fêtes de semences, le partage de potagers ou Plant-Catching (réseau d'échange de plantes vivaces) y contribuent également. Sur une plus grande échelle, le mouvement « Villes en transition » découle justement des enseignements du permaculteur Rob Hopkins visant à amorcer le passage « de la dépendance au pétrole à la résilience locale ». Il invite les populations locales à créer un avenir meilleur et moins vulnérable devant les éventuelles crises écologiques, énergétiques et économiques en agissant dès maintenant pour :
  • Réduire la consommation d'énergie fossile
  • Reconstruire une économie locale vigoureuse et soutenable et retrouver un bon degré de résilience par la relocalisation de ce qui peut l'être
  • Acquérir les qualifications qui deviendront nécessaires.

Des groupes de citoyens dans plus d'une centaine de villes ont entrepris cette démarche, reconsidérant les rejets produits par la ville, l'aménagement des lieux publics, les moyens de transport et les sources d'approvisionnement en nourriture. Un bel exemple est le projet Beacon Food Forest, près de Seattle, où les principes de permaculture seront utilisés pour aménager une forêt comestible sur sept acres. Les arbres à noix, arbres à fruits, petits fruits et herbes ainsi implantés seront libres d'accès pour toute la population. Bref, la permaculture urbaine vise à sortir des cloisonnements : ville versus campagne, région agricole versus région métropolitaine, quartier commercial versus quartier résidentiel afin de réimplanter ce lien vivant entre l'homme et la nature. Autrement dit, une vision holistique où les gens cultivent le lieu qu'ils habitent, et habitent le lieu qu'ils cultivent.

  1. Pezrès, Emmanuel. « La permaculture au sein de l'agriculture urbaine : du jardin au projet de société » in vertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement [en ligne], Septembre 2010, http://vertigo.revues.org/9941

  2. Regroupement pour une agriculture harmonieuse (www.rha-quebec.org)

  3. L'Accorderie est un système d'échange de services entre individus. Il permet aux membres (les AccordeurEs) de s'échanger des services de toutes sortes, sous le signe de l'entraide et de la coopération (www.accorderie.ca)
Article paru dans le magazine Bio-bulle No 106
Automne 2012
Flèche vers le hautHaut de page